Je relis tes lignes          Texte          Images

Marie-Michelle Deschamps (CA)             Éléonore False (FR)
L’idée de ce projet d’exposition nous est venue à la suite de la lecture du Territoire du crayon de l’écrivain suisse Robert Walser (1878-1956). Cet ouvrage rassemble ses "Microgrammes", 526 petits feuillets couverts de texte noté au crayon en caractères minuscules (au plus 1 mm de hauteur), une écriture secrète, quasi illisible écrite sur des supports variés (marges de journaux, cases de calendriers, serviettes de table, morceaux d’enveloppes, etc.) et nécessitant un laborieux processus de déchiffrement et de transcription. En fait, dans sa forme originale, la trame de ce texte ressemble à un fragment de textile – nous amenant à réfléchir sur les similarités et les différences entre texte et tissu, et là où ils se rencontrent : la ligne.
          Tim Mangold, anthropologue qui s’est donné comme mission d’écrire une Brève histoire des lignes distingue deux grandes familles de lignes: les fils et les traces. D’une certaine manière, chacune d’entre elles peut être comparée avec (sans toutefois se limiter à) l’une et l’autre de nos pratiques respectives. Il y a d’abord l’intérêt d’Éléonore False pour les motifs et l’ordre linéaire de la nature; les lignes-fils des réseaux de nervures des feuilles et des arbres et les faisceaux de fils qui composent les fourrures, les plumes et les systèmes nerveux des animaux. Il y a aussi, plus récemment dans sa pratique, l’utilisation de processus s’inspirant des rituels de tressage, d’assemblage et d’enlacement de fibres. Puis, il y a l’importance accordée à l’écriture au sein de la pratique de Marie-Michelle Deschamps: les termes écrire et to write référant directement étymologiquement à l’idée de l’incision et du tracé. Que ce soit dans ses livres d'artistes, ses plaques émaillées où apparaissent des empreintes aléatoires fruits des mouvements du métal dans le four ou dans ses œuvres en plâtre créées par l’application de lignes et de formes apposées, grattées ou gravées directement au mur (s’apparentant aux premières tablettes d’écritures ou au « sgraffito »), la trace se trouve partout dans son travail.
          Nos pratiques se rejoignent là où l’on trouve ce que l’on pourrait appeler la troisième grande famille de lignes : les coupures, les fissures et les pliures. Alors qu’Éléonore extrait, découpe, incise, sépare, agrandis, réduis, plie, et met à mal les images, Marie-Michelle plie, rogne, déchire et entaille le métal - cuivre ou acier - avant de l’émailler, créant des formes abstraites qui jouent avec les notions de transparence et d’opacité, et qui rappellent les retailles de papier qui les inspirent.

Les artistes aimeraient remercier le Conseil des arts et des lettres du Québec pour son soutien à ce projet.





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